
Réussir la socialisation de son chiot sans devenir fou!
Qu’est-ce que la période de socialisation et quels en sont les bienfaits ?
Dans le développement du chiot, cette période est une toute petite fenêtre dans la vie du chien, comprise entre la 5e et la 16e semaine environ, durant laquelle le chiot va «socialiser». Chez les grandes races, elle dure légèrement plus longtemps que chez les petites races de chiens.
Durant cette période, il va apprendre à être un chien, à interagir avec ses congénères de la bonne manière, mais aussi se familiariser avec différents environnements et différentes espèces animales (dont les humains, de tous les âges), apprécier les manipulations et apprendre à partager.
Passé l’âge de 4 mois, la fenêtre se referme et les apprentissages en lien avec la socialisation se font alors beaucoup plus lentement. Il est donc important de profiter de cette petite fenêtre qui nous permet d’apprendre à notre chiot à être un chien et à être bien dans ses pattes.
Les chiots peu ou mal socialisés peuvent développer des problèmes de comportement à l’âge adulte; l’intervention d’un spécialiste en comportement canin s’avère alors souvent nécessaire pour désensibiliser et réhabiliter le chien selon des protocoles précis, établis sur plusieurs semaines ou plusieurs mois, selon les cas. L’article suivant portant sur l’agressivité chez le chien peut vous aider à comprendre les types de problèmes qu’une mauvaise socialisation pourrait engendrer.
C’est pourquoi il est si important d’offrir à notre chiot une socialisation dans les règles de l’art, afin de nous épargner mille et un tracas par la suite ! C’est aussi la raison pour laquelle les cours de maternelle pour chiots et les cours d’éducation canine existent et sont si importants!
Les différents types de socialisation du chiot
- Empreinte sexuelle
- Empreinte sociale et d’attachement
- Empreinte filiale et parentale
- Empreinte à l’environnement
- Empreinte aux espèces amies
Puisque la socialisation ne dure que peu de temps et qu’elle permet de s’adapter à des environnements très variés, il ne faut pas oublier le revers de la médaille: c’est aussi un risque immense pour Toutou, qui pourrait être marqué à vie par un événement traumatisant. Les situations vécues durant cette période seront conservées longtemps, voire à jamais.
Après la période de socialisation, nous devrons désensibiliser le chiot/chien face aux nouvelles situations, ce qui demande un brin de plus de connaissances et de temps! C’est aussi plus difficile pour le chien généralement.
La socialisation d’un chiot sera effectuée de façon différente en fonction de l’environnement dans lequel il vivra ainsi que du contexte dans lequel il évoluera une fois adulte. Sera-t-il un chien de famille, un chien vivant en ville, un chien d’assistance, un chien de ferme… Un chien de cirque?!
Le développement du cerveau du chiot
Le cerveau du chien est composé de plusieurs millions de cellules, appelées neurones, qui émettent des filaments pour entrer en contact entre elles. Au départ, au cours du développement embryonnaire puis après la naissance (jusqu’à l’âge de 10 semaines), les cellules et les contacts se multiplient de façon désorganisée.
L’organisation du cerveau commence dès l’âge de 5 à 7 semaines. Elle consiste, parallèlement à cette multiplication cellulaire, en la destruction des cellules et contacts inutiles. Cette phase de «suicide» se termine vers l’âge de 3 à 4 mois.
C’est pourquoi il est fondamental de stimuler au maximum le chiot lors de cette maturation du système nerveux. Par exemple, un chiot élevé dans le noir complet jusqu’à 3 mois n’aura jamais utilisé les cellules et connexions de son cerveau visuel qui sera donc déficitaire : même si ses yeux sont fonctionnels, ce chien sera aveugle.
L’action des gènes versus l’action de l’environnement
Certains comportements sont innés et d’autres sont acquis. Chez le chien, environ 70% des comportements seraient définis par l’action des gènes tandis que les 30% restants seraient définis par le contexte environnemental. L’éducation du chiot a donc une très grande influence sur ses réactions, ses états émotionnels et ses comportements futurs.
C’est pourquoi vous devrez être prêt à l’arrivée de votre chiot et lui offrir un environnement stimulant, riche en activités et positif. Une socialisation menée avec brio peut même venir pallier certaines lacunes génétiques!
Le choix d’un bon éleveur de chiens
La socialisation d’un chien commence alors qu’il est encore dans le ventre de sa mère: l’éleveur caresse le ventre de la chienne gestante. Après l’accouchement, les chiots seront manipulés régulièrement et vivront dans un lieu stimulant qui leur permettra de développer leur plein potentiel et d’éveiller leur curiosité face à leur environnement.
Avant d’arriver dans sa nouvelle famille, le chiot aura déjà commencé à communiquer avec ses congénères et aura appris les bases du langage canin :
- Les signaux d’apaisement
- L’inhibition de la morsure (le contrôle de sa mâchoire)
- Les postures de jeu
C’est pourquoi le choix d’un éleveur éthique est primordiale et qu’il faut à tout prix éviter les usines à chiots ainsi que les animaleries.
Votre boulot commence dès le premier jour de l’adoption de votre chiot. Le plus gros du travail devra être effectué pendant les premiers mois de la vie de votre chiot. Par la suite, rendu à l’âge adulte, il sera nécessaire de maintenir ses acquis sociaux en continuant à l’exposer à différents stimuli et situations.
Il est conseillé de vous inscrire à des cours de socialisation si vous vous sentez mal informé ou démuni par rapport aux comportements de votre animal.
Quelques mythes coriaces sur la socialisation des chiots
1- «Pour bien socialiser, un chiot doit jouer avec ses amis canins!»
Et bien… pas forcément ! Pour bien socialiser son chiot aux autres chiens, il suffit que leur présence soit agréable. Nul besoin de jouer pendant des heures pour cela! Au contraire, un chiot qui reste calme à proximité d’autres chiens socialise très bien. Cela lui apprend également plusieurs autres bons comportements canins, par exemple, celui d’être attentif à son humain lors de distractions, car les autres chiens sont une distraction de taille.
2- «Un chiot qui se fait tyranniser par d’autres chiens au parc à chiens va apprendre à «se débrouiller», il ne faut pas intervenir, les chiens se comprennent entre eux !»
Argh ! S’il vous plaît, non, non, non, trois fois non… !! Un chiot qui se fait malmener par d’autres chiens va apprendre très vite que «chiens = douleur = peur», ce qui n’aide en rien à une belle socialisation, bien au contraire. Un chien souffre-douleur ne va pas «s’habituer» ni aimer davantage ses congénères par la suite. Il risque bien plus de devenir réactif aux autres chiens. Il faut donc être prêt à intervenir en séparant la victime du harceleur dès que le jeu dégénère. D’ailleurs, notre article sur les interactions entre chiens pourrait vous aider à mieux comprendre les jeux canins.
3- «Avec une belle socialisation, aucun risque que mon chiot devienne réactif!»
On aimerait tant pouvoir dire que ce mythe est vrai ! Et pourtant… dans la socialisation, il y a un facteur que l’humain ne contrôle pas : la génétique du chien. Chaque chiot a une génétique bien spécifique, le «matériel de départ», avec lequel il va falloir composer.
Certains chiens naissent avec une génétique merveilleuse, et malgré une socialisation déficiente, deviennent miraculeusement des chiens équilibrés, avec peu ou pas de problèmes de comportement et sociaux en toutes circonstances.
D’autres, au contraire, deviendront réactifs malgré la plus belle socialisation du monde…
Cependant, une socialisation faite de façon rigoureuse, dans un environnement de qualité, permettra d’éviter au maximum l’expression de certains gènes liés à la peur, ou à l’agressivité due à la peur : la socialisation ne peut pas tout prévenir, mais elle peut largement contribuer à limiter les dégâts!
D’ailleurs, durant la socialisation, vous pourriez rendre votre chiot réactif sans vous en rendre compte!
4- «Mon chiot a passé l’âge de la socialisation, tout est fichu!»
La période de socialisation est certes cruciale, car le chiot apprend très rapidement à faire des liens, des associations (positives ou négatives) avec ce qui l’entoure. Cependant, travailler par association est encore possible une fois passés les 4 premiers mois et même pendant toute la vie du chien !
C’est notamment grâce à cette flexibilité que l’on peut rééduquer des chiens présentant des troubles du comportement, en faisant une bonne évaluation du chien. En cas de problèmes comportementaux résultant d’une socialisation incomplète, le travail va être simplement plus long et plus technique après l’âge de 4 mois. L’intervention d’un éducateur canin sera souvent nécessaire.
Mais alors, comment socialiser un chiot?
Sophia Yin, célèbre vétérinaire comportementaliste américaine ayant grandement contribué à l’amélioration du bien-être animal grâce, entre autres, à ses connaissances de la science de l’apprentissage, a établi une grille de socialisation très complète, répertoriant environ 90 éléments spécifiques à travailler dès les premiers jours avec votre chiot (liste disponible plus bas).
On y trouve évidemment les humains : femmes, hommes, enfants, mais aussi les animaux : chiens, chats, animaux de ferme, ou encore les différents types d’environnements, les manipulations, les bruits, les objets… La liste est longue et détaillée!
Parce que cette liste peut sembler énorme et décourager même les propriétaires de chiot les plus assidus, nous vous livrons ici des astuces pour une socialisation réussie, selon les incontournables à ne pas manquer, avec des idées pratiques afin d’intégrer efficacement les exercices tout au long de la journée afin de socialiser le chiot sans même s’en apercevoir !
La liste des incontournables pour dresser son chiot:
- Les humains : Bébés, enfants, adolescents, adultes, personnes âgées, personnes de différentes nationalités, différents aspects physiques, différentes démarches, en fauteuil roulant, avec une canne, avec des uniformes, etc.
- Les chiens et autres animaux: Chats, chevaux, rongeurs, oiseaux, etc. Apprendre à communiquer avec ses pairs, «parler chien», etc.
- Les différents environnements : Les parcs, aller en ville, en campagne, en forêt, chez le vétérinaire, dans les rues passantes, à la plage (lacs, rivières), dans les magasins, les écoles, les hôpitaux, les lieux de travail, etc.
- La voiture: Embarquer votre chien dedans, faire de petits trajets, débarquer de façon sécuritaire, etc.
- Les manipulations/ le toilettage: Se faire couper les griffes, se faire toucher les oreilles, se faire brosser les dents, etc.
- La protection de ressources: Apprendre à partager.
N.B. Les manipulations (un chien qui se fait flatter par exemple) et la protection de ressources (votre chien grogne lorsque vous approchez son os par exemple) ne font pas partie à proprement parler de la « socialisation ». Cependant, les chiots apprennent si vite et ces deux aspects sont si essentiels dans la vie d’un chien, qu’on les propose ici comme des incontournables afin de diminuer les risques de problèmes futurs!
Ensuite, la marche à suivre pour une socialisation impeccable:
Pour optimiser le travail de socialisation, il est non seulement important que le chiot soit exposé à de nouvelles situations, mais aussi, et surtout, que ces situations soient positives et agréables pour lui. Ce n’est pas tant une question de quantité que de qualité !
La technique proposée est celle de l’association positive (ou conditionnement classique, pour son petit nom savant) : toute nouveauté rencontrée par le chiot va être associée à quelque chose de très plaisant, comme, par exemple, manger de délicieuses gâteries. En avoir toujours sur soi est une excellente façon de ne manquer aucune occasion de faire de la socialisation avec son chiot!
Petit détail technique : pour que l’association se fasse adéquatement, il faut respecter l’ordre d’apparition des événements :
- La nouveauté (enfant, chien, poubelle, voiture, vélo, etc.) arrive,
- Les gâteries apparaissent!
Si l’on inverse l’ordre des événements, le chiot sera davantage concentré à manger goulûment ses gâteries, le nez au sol, au lieu d’observer les alentours. Impossible pour lui de remarquer ainsi l’élément auquel on aimerait le socialiser, et donc de créer une association positive!
Petite astuce: Aller devant un hôpital et devant les écoles sont une excellente façon de voir beaucoup de nouveaux éléments!
Comment savoir si mon chien est heureux de sa nouvelle expérience ?
Pour savoir si votre chiot vit une expérience positive, il faudra l’observer et être attentif à tous les signes du langage canin qu’il émet !
Voici les principaux signes qui vont vous permettre de déterminer l’état émotionnel de votre chiot :
En cas d’expérience négative, votre chiot peut :
- Mordiller, mordre,
- Grogner,
- «Attaquer», «charger»,
- Japper de peur ou de colère
- Fuir, faire de l’évitement,
- Sembler hésitant ou ne pas approcher de lui-même
- Figer,
- Refuser de manger,
- Bouger lentement ou sembler sur ses gardes
En cas d’expérience positive, on va observer un chiot :
- Calme,
- À l’aise,
- Détendu,
- Curieux,
- Qui explore volontiers l’environnement et
- Qui mange ses gâteries avec plaisir !
En cas d’expérience négative, il va simplement falloir réitérer les rencontres jusqu’à ce que votre chiot commence à apprécier la situation, tout en respectant son seuil de confort: travailler à plus grande distance, faire des expositions de courtes durées et utiliser des gâteries fantastiques!
Finalement, afin d’éviter d’aggraver tout problème de comportement chez votre chien, il est fortement recommandé de contacter un éducateur canin qualifié qui utilise des méthodes d’éducation canine positives et éthiques. Que votre chien soit un chien de zoothérapie, un chien de garde, un chien d’assistance ou un chien de divan, la socialisation est primordiale afin d’avoir un compagnon bien dans ses pattes.

Article et guide rédigé par Aline Bichsel, spécialiste en comportement & entraînement canin
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